Avez vous déjà entendu ceci ?
« Il ne sait pas conduire ! Il est con celui là ! » agrémenté de coups de klaxon.
« Il comprend rien, il est bête ».
« Il est pas sympa »
« Il est nul »
Voyons pourquoi tout ceci est faux.
1) Comportement et identité
Le comportement est observable (on voit, on entend)
L’identité est une représentation (On déduit, on interprète, on pense)
L’identité serait le « caractère permanent et fondamental », qui ne change pas au cours du temps.

Définir l’identité d’une personne est à la fois complexe et subjectif.
- Complexe parce qu’on ne peut pas résumer une personne fidèlement en quelques phrases.
- Subjectif car si vous demandez à plusieurs personnes, elles ne diront pas la même chose.
Pour résumer, ne pas mettre quelqu’un dans une case en le jugeant sur une action.
Nos actions (et performances) sont elles uniquement liées à notre identité ?
Partons du principe que nous arrivions à définir l’identité de quelqu’un.
Est-ce que cette personne aura toujours les mêmes performances et fera toujours strictement les mêmes actions ?
Je pense pouvoir dire sans me tromper qu’avec une seule identité on peut obtenir un grand nombre d’actions différentes et de performances différentes.
Beaucoup de facteurs peuvent influer sur les comportements et leur performance :
- quand on est fatigué, qu’on a faim, qu’on a mal.
- quand on est stressé, quand on a peur, quand on est en confiance.
- quand on est en colère, triste, ou joyeux.
- quand on est dérangé, perturbé, sollicités.
Les facteurs influençant la performance et les comportements peuvent être visibles ou invisibles.

2) Est-ce qu’on se permet de parler de l’identité des autres (et de sa propre identité) ?
Les observateurs se représenteront quoi qu’il arrive une « identité » de ce que vous êtes par leur propre perception. C’est facile et automatique, on met les gens dans des cases à la vitesse de l’éclair.
Cette absence de dissociation entre comportement et identité peut tromper nos conclusions :
- Si l’on observe un comportement dans des conditions défavorables, on sous-estime les capacités d’un individu. Exemple : C’est un patient méchant et qui ne sait pas se contrôler, il nous a insulté ! (Il a mal, on vient de lui annoncer un cancer, il n’est pas chez lui, il ne dort pas…)
- On associe le fait de mal faire avec le fait d’être une mauvaise personne. Ce qui augmente d’autant notre peur de l’échec.
- On peut avoir une confiance excessive dans les actions de quelqu’un car on pense que c’est une « bonne personne » alors qu’il peut se tromper / être fatigué comme tout le monde.
- On peut sous-estimer la valeur d’une action parce que c’est une « mauvaise personne » qui l’a faite. Cela crée un stress et des mauvaises performances, qui finiront par donner raison à ceux qui jugent…
3) A quoi ça sert tout ça ?

- Mieux accepter qu’un patient âgé, confus, dément, ou avec un déficit intellectuel ne soit pas coopérant.
–> Ce n’est pas la personne qui s’oppose ou ne veut pas aider, mais sa maladie qui l’empêche de le faire.
- Mieux accepter qu’un collègue oublie des choses ou n’a pas fait ce que vous attendiez.
–> Peut-être qu’il avait peu de temps, qu’il était stressé, qu’il n’avait qu’une partie des informations…
- Mieux accepter nos erreurs, nos oublis et que nos performances ne soient pas à la hauteur de nos espérances.
–> Vous n’êtes pas vos résultats, et vous pourrez progresser, vous pourrez changer vos résultats. - Moins tenir compte des remarques sur votre identité, qui sont toujours « un point de vue » basé sur vos actions que vous pouvez améliorer.
–> Il me dit « tu es nul », « tu es con », « tu es bordélique », « tu es trop *** » » Tu n’es pas assez*** » mais il dit ça parce qu’il fait un raccourci à partir de choses qu’il voit. - Identifier les facteurs qui amèneraient des comportements plus positifs.
Identifier les facteurs influençant les comportements permet d’agir dessus, permet d’expliquer un comportement, mais ne justifie pas un comportement irrespectueux, dangereux, etc.
On reste (sauf cas très particuliers) responsable de ses actes.
4) Être doux avec soi-même
Remettre en cause son identité associe sentiments désagréables, perte d’énergie, perte de temps…
Il est normal de se poser des questions et de critiquer mais le but est de progresser, pas de se punir.
Se mettre des étiquettes négatives (« je suis nul », « je suis maladroit », « je suis stupide ») comme pour se punir quand on n’a pas fait aussi bien que ce que l’on aurait voulu :
- Ne donne pas de solution
- Est trop flou ou subjectif (C’est quoi être nul ? / maladroit ?/ stupide ?) pour être corrigé.
- Coûte de l’énergie.
Tout le monde a fait, fait ou fera des erreurs.
Même si l’on n’est pas content (ce qui est plutôt sain d’ailleurs), c’est normal.
Essayez d’être plus doux, ça vous donnera plus d’énergie pour progresser.
En résumé :
- L’identité n’est qu’un point de vue. Ceux qui en parlent le font avec ce qu’ils ont compris de ce qu’ils ont perçu.
- Ne pas mettre d’étiquette sur une personne en fonction de ses actions. Beaucoup de facteurs influent sur la performance en positif ou en négatif.
- Se concentrer sur les actions à améliorer plutôt que de punir notre identité.