Risques perçus des traitements.

Les effets secondaires

Traiter un patient, c’est échanger les effets secondaires de traitements contre l’amélioration ou la guérison d’une maladie.

Les effets secondaires, c’est l’effet négatif d’un traitement que l’on accepte du fait du bien que le traitement va procurer au patient.

Cela n’a pas de sens de montrer un seul des 2 effets sans montrer l’autre pour comparer.

Le travail du médecin c’est donner le traitement dont la balance bénéfice-risque est la meilleure pour le patient.

Sa représentation de la situation prend en compte 1) le traitement (effets positifs et négatifs) 2) la maladie du patient et 3) le patient pour choisir.

Maladie contre les traitements :
La situation idéale où l’on peut peser les risques de la maladie,
les effets positifs et négatifs du traitement pour prendre la meilleure décision.

Déséquilibre des Informations.

Le patient est libre d’accepter ou pas les traitements qu’on lui propose.
Mais le problème est que, dans sa décision, le poids de chaque élément est changé par ses connaissances, ses représentations et ses peurs…

Le patient peut voir en plus gros les effets secondaires et seulement voir une partie des bénéfices du traitement ou de la réalité de la maladie. On peut alors comprendre son refus.

C’est pour cela qu’en tant que soignants, nous avons le devoir :

  • D’informer les risques de la maladie.
  • Expliquer les effets positifs d’un médicament.
  • Mais également les effets négatifs d’un médicament.
  • Reconnaître quand on ne sait pas, puisque il y a plein de choses que l’on ne sait pas individuellement ou même dans la communauté médicale et scientifique.

L’illusion de connaissance

Quotidiennement, des personnes donnent leur avis, répètent ce qu’ils ont entendu dire par leurs voisins et ont une opinion sur les traitements alors qu‘ils n’ont qu’une partie des informations ou des informations basées sur des déclarations, sans preuve.

On a tous des « connaissances » sur plusieurs sujets. Qu’on regarde sur internet ou dans des livres, dans des vidéos, la confiance que l’on peut avoir dans les informations dépend de leur source. Mais si cela confirme ce que l’on veut entendre, si ça va dans « notre sens », on ne vérifie pas toujours en profondeur la force des arguments.

C’est vrai que j’ai toujours détesté la coriandre…

Après que nos patients aient énoncé leurs arguments et entendu notre réponse, certains jouent la carte du « Chacun son point de vue« .

Ce qui correspond à « Mes arguments sont du même niveau que les vôtres » mais qui est un moyen en fait de défendre une position quand il est difficile d’argumenter.

En tant que médecin, je suis prêt à faire confiance à des informations qui contredisent celles que j’ai, si les preuves qui les supportent sont solides.

Mais dans l’immense majorité des cas, le point de vue de « quelqu’un qui se renseigne » sera moins fiable que celui du médecin.

« Chacun ses opinions » quand il n’y a de risques pour personne…
Il est mieux de suivre le point de vue d’un expert quand il y a des enjeux importants.

Que penser du point de vue d’inconnus sur internet (même nombreux) qui ne disent pas l’origine de leurs informations ?

La peur rend nul en statistiques

Les informations peuvent être angoissantes, et en plus on ne sait pas bien les « peser » le poids des risques quand on a peur. On donne plus d’importance à ce qui parait « grave » et notre esprit se focalise sur le négatif.

On oublie que dans la très grande majorité des cas ça se passe bien.

Donner des informations trop précises et inutilisables serait un bon moyen… de mal soigner les patients. Nous devons alors trouver le bon dosage de nos informations.

Le médecin donne des informations limitées sur les symptômes fréquents et sur les complications graves.

La peur de l’incertitude et l’inconnu

Un reflexe de survie peut nous pousser à considérer que chose de nouveau est dangereux jusqu’à preuve du contraire. On s’en méfie et on le fuit.

Si on est toujours vivant, après la « période d’essai » de la nouveauté, on va commencer à la tolérer. Mais cela nous demande du temps.

La Tour Eiffel vue depuis le Trocadéro | La tour Eiffel, ini… | Flickr
On aurait pu lire : « Un ingénieur a construit une tour dangereuse à la va vite ! »
Beaucoup de gens ont eu peur de la chute de la Tour Eiffel lors de sa construction.

A l’inverse, la sonnette d’alarme peut « s’épuiser » si on est souvent confronté à quelque chose même si c’est dangereux.

Plus on est exposé à quelque chose sans qu’il y ait de danger, moins on en a peur .C’est bon moyen de traiter des peurs trop intenses et gênantes dans la vie des patients atteints de phobies.

Le nouveau ne fait pas toujours peur

Quand un « nouveau » téléphone portable sort, personne ne se dit « Non, celui là, il va être dangereux », « on n’a pas assez de recul sur sa dangerosité ».

Quand un « nouveau » vaccin est produit, là tout est différent. La question de la dangerosité se pose. Pourquoi ?

Je pense que avons une proximité quotidienne avec les téléphones que l’on n’ a pas avec les vaccins… et que l’image des vaccins (« ces piqûres fabriquées par des laboratoires obscurs ») peut être modifiée par les discours médiatiques.

De quoi avons nous le plus peur ?
D’un nouveau portable quand nous en voyons 365jours par an ?
Ou d’un nouveau vaccin auquel on est exposé une fois tous les quelques mois / quelques années ?

Laissez moi mes libertés / choix sur ma vie !

Accepter ou refuser sont des choix. Et l’on n’aime pas être privé de choix, notamment concernant notre santé.

En tant que médecin, nous choisissons de respecter le choix des gens (c’est également notre devoir), sauf si leur maladie les empêche de décider pour eux-même, notamment dans les situations urgentes.

Troubles cognitifs, maladies neurologiques et maladies psychiatriques peuvent empêcher les patients de prendre les bonnes décisions pour eux même.

Dans les cas où les personnes sont capables de décider pour eux même, le choix personnel pose un problème moral quand on implique d’autres personnes.

Et si ne pas traiter sa maladie, de ne pas se vacciner avait un impact sur les autres ? En médecine comme ailleurs, quand on est « capable » on devient également « responsable ».

Il y a des situations où vous n’impliquez personne d’autre que vous…
…et d’autres où les conséquences sur les autres sont réelles

Le but n’est pas de culpabiliser les gens, mais de faire voir les conséquences possibles et dire qu’on est disponible pour aider à régler les problèmes.

ça ne se voit pas = ça n’existe pas

Si on avait un cancer ou un AVC à la première cigarette fumée, personne ne fumerait.

On est motivé à agir face à des problèmes visibles et évidents et pas face à des problèmes invisibles. Le problème c’est que le futur n’est ni visible ni évident.

Pourtant, quand elles existent, les actions de prévention sont les plus efficaces pour améliorer la santé (dans le futur).

Mais accepter une contrainte, quand il n’y a « pas de problème » pour (peut-être) éviter un autre problème ? Mon cerveau trouve ça bizarre…
Si on a une (bonne ou mauvaise) raison d’éviter la contrainte alors que le problème est flou… autant éviter la contrainte !

Difficile de voir ce qui est dans le futur / invisible et qui nous met mal à l’aise.
Alors si en plus c’est contraignant d’agir… autant fuir ou nier.

Nous allons devoir expliquer plus et expliquer mieux dans ces cas. Il faudra rester Zen malgré les mécanismes de défense des gens pour poursuivre le dialogue et leur permettre de faire les bons choix.

En conclusion :

  • En tant que médecins, on choisi de donner un traitement assurant le meilleur bénéfice au patient pour sa santé.
    Ce bénéfice prend en compte le patient, la gravité de la maladie, les effets positifs du traitement et ses effets secondaires.
  • Les patients ont une vision des situations médicales moins complète que celle des médecins. D’un côté comme de l’autre on peut quelquefois l’oublier.
    Le médecin doit aider le patient à compléter les « trous » et le patient devrait apprendre critiquer les sources des informations.
  • Certaines maladies empêchent d’accepter les traitements.
  • Les nouvelles choses font peur et les choses « banales » font moins peur.
  • Les conséquences au long terme ou invisibles nécessitent plus de d’explications parce qu’elles sont moins évidentes… Surtout quand il est contraignant d’agir.
  • Vaccinez-vous !

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