Kidnapping d’un repos de garde

L’hôpital comme d’autres structures professionnelles est un lieu de pressions.

D’origine humaine, du système ou des situations rencontrées, elles peuvent amener à des moments difficiles à vivre et apparemment « sans solutions ».

Voyons au travers de l’image d’un Kidnapping contre rançon (rien que ça!) que nous pouvons changer notre stratégie pour faire face aux pressions.

Scenario fictif (mais possible) :

Le grand chef d’un service convoque ses internes au premier jour de stage.

En plus des informations usuelles, le chef annonce à ses internes qu’ils ne doivent pas prendre leur repos de sécurité.

C’est à dire qu’après les 24heures de travail en semaine ou une nuit de travail, il sera « mal vu » d’aller dormir.

Et le grand chef laisse entendre que, si quelqu’un prenait ce repos de sécurité, il pourrait ne pas avoir de poste dans son service après son internat.

Cela ressemble grandement au scenario du kidnapping contre rançon

Analyse du Kidnapping

Ce que représente cette rançon :

La rançon demandée par le chef de service dans ce cas fictif est le repos de garde, appelé aussi « repos de sécurité ».

On peut citer quelques avantages et inconvénients à respecter le repos de garde.
Même si de travailler sans se reposer peut arranger le service au court terme (et encore, s’il n’y a pas d’erreurs), au long terme la mauvaise ambiance et la fatigue qui retentissent sur le moral, la motivation, l’apprentissage… ne seront pas positifs pour le service.

6 mois sans dormir convenablement c’est long…

Si certains seront tentés de payer la rançon « pour favoriser son parcours professionnel » ou « pour le service » ou « pour les patients », il faut bien avouer que dans tous les cas il y a un incohérence, non ?

Un ravisseur armé ?

Le ravisseur (dans ce cas fictif, le chef de service) va devoir montrer qu’il est bien armé pour faire pression. Il a besoin d’être crédible pour faire pression.
Méfiez-vous des rumeurs et ne les alimentez pas sans faits : Vous pourriez donner de la force aux menaces d’un ravisseur.

Les rumeurs peuvent augmenter la menace liée au fait de défendre ses droits.

S’il y a déjà eu ce genre d’évènement, il peut être intéressant de savoir comment cela s’est RÉELLEMENT passé.

Etait-ce bien la même situation ? Comment s’est défendue la victime ?

Si quelqu’un ne s’est pas défendu (parce qu’il n’avait pas les ressources pour le faire) cela pourrait être différent pour vous. Et cela pourra appuyer votre argumentaire. Il est (fort) possible que le chef n’ait pas le pouvoir de vous empêcher de continuer votre vie.

Un autre danger que vous pouvez craindre (à raison comme à tord selon les situations) est la réaction de vos collègues.

Malgré la pression ressentie également par les autres internes et chefs, il peut arriver qu’ils cautionnent directement ou indirectement ce genre de violences.

D’autres souffrent également de la situation et veulent que cela change, parmi les collègues, vos chefs, etc.

La position, le « pouvoir », l’ « influence », et les menaces ne devraient
pas vous retirer le droit de dormir après 24heures d’éveil.
C’est de la maltraitance et personne ne la souhaite vraiment.

Est-ce que le chef est un « con » ?

Je rappelle tout d’abord qu’expliquer n’est pas justifier. Quelque soit la pression sur le chef, ce n’est pas une raison pour maltraiter les gens.

Mais en dehors de rationalisations déplorables qu’il exprimera (« A notre époque, on n’avait pas de repos de garde », « vous avez choisi de faire médecine pour travailler »…) le chef a ses raisons d’agir qu’il n’exprime pas forcément.

S’il y avait assez de monde pour faire tourner le tableau de garde et soigner les patients sans que personne ne se fatigue, le chef n’aurait aucun intérêt à priver les gens de sommeil et profiter au maximum des gens jusqu’à leur épuisement.

Il est (fort) probable que votre chef lui même soit sous pression et en manque de sommeil. Et dans ce cas, une opposition directe n’aura pas forcément de bons résultats. Le combat à mener n’est PAS CONTRE une PERSONNE mais POUR une amélioration de la SITUATION.

Connaitre ses armes :

Les internes reçoivent peu d’informations sur les recours possibles en cas de non respect de leurs droits.

La définition du harcèlement et vos recours possibles :
(https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F2354).

N’étant pas moi même dans le domaine du droit, je ne fournis pas de réponse exhaustive mais invite simplement ceux qui subissent des pressions à regarder les alternatives possibles pour lutter contre le harcèlement.

« Le harcèlement moral se manifeste par des agissements répétés susceptibles d’entraîner, pour la personne qui les subit, une dégradation de ses conditions de travail pouvant aboutir à : une atteinte à ses droits et à sa dignité, une altération de sa santé physique ou mentale, ou une menace pour son évolution professionnelle. »

(Je pense que l’on est clairement dans ce cas)

« Si vous êtes victime de harcèlement moral dans le secteur public, vous pouvez bénéficier de la protection de la loi, que vous soyez fonctionnaire titulaire, contractuel ou stagiaire. Ces agissements sont interdits, même en l’absence de lien hiérarchique avec l’auteur des faits. »

Les recours possibles en cas de harcèlement :

  • Alerter le CSE et les représentants du personnel
  • Alerter l’inspection du travail
  • Médiation
  • Saisir le conseil des prud’hommes
  • Saisir le juge pénal

Concernant le repos de sécurité

En cas de non respect, l’interne peut :

  • Saisir conjointement le directeur de sa structure d’accueil ou le responsable de son stage extrahospitalier, le directeur de l’unité de formation et de recherche et le président de la commission médicale d’établissement de la structure d’accueil, pour examen de sa situation individuelle;
  • Saisir le directeur général de l’agence régionale de santé de la région dans laquelle se situe son unité de formation et de recherche d’inscription en cas de désaccord persistant (les internes et les assistants des hôpitaux des armées saisissent l’autorité militaire compétente).
    Cité de « Saisine des instances locales et régionales (art. R.6153-2-4 du CSP)« 

Vous n’avez pas l’habitude de vous défendre et on ne vous a jamais enseigné comment faire (ce qui est probablement le cas pour la majorité des médecins) ?

Dans ce cas, les syndicats peuvent vous aider à vous faire entendre si les moyens conventionnels de discussion ne suffisent pas ou vous paraissent difficile.

Il y a des solutions pour vous aider à vous défendre

A quoi sert-il de connaître ses moyens de défense ?

S’opposer peut être difficile à vivre, et je me doute que malgré nos moyens de défense on ne veuille pas les utiliser. Je sais que des gens jouerons un jeu avec des règles inacceptables plutôt que de s’opposer du fait de la peur des conséquences et de l’énergie que cela demande.

Mais le fait de savoir que vous pouvez contacter des personnes, que vous avez la possibilité de vous défendre et faire valoir vos droits est un moyen de diminuer la charge émotionnelle de la situation. Vous avez une porte de sortie si la situation n’est pas supportable. Je vous invite d’ailleurs à l’utiliser avant que la situation soit trop difficile.

On a peur des conséquences de s’opposer, mais quelles sont les conséquences de la situation ?

A quoi ressemble votre avenir ?

Du fait des horaires de travail, de l’exigence de la médecine, on ne réfléchi que peu aux avantages et aux inconvénients de notre métier. On « suit le mouvement ».

Mais où va t-on ?

Interne, votre chef vous a dit que ce qui était important c’était d’avoir une spécialité de prestige ? D’être reconnu ? De publier ? De voir des cas « intéressants » ?
Mais au bout de 5ans/10ans où vous avez payé le prix de faire « tout ce qu’il fallait » il faut encore être toujours intéressé par la récompense finale (incertaine).

Ce que l’on vous montrera comme « attractif » ne correspondra pas
forcément à ce que vous souhaitez faire dans votre vie.

L’objet de la rançon : votre poste futur et votre avenir professionnel

La première chose est qu’il est inutile de donner une rançon à un ravisseur qui ne vous donnera pas ce que vous voulez. Sinon c’est juste du gâchis.

Cet avenir professionnel hypothétique, même si vous êtes sûr que c’est cela qu’il vous conviendra, le chef peut-il vraiment vous le donner ? Même si vous en payez le prix ?

En réalité, même un chef de service à la fois influent et sincère n’a pas toutes les cartes en main. Il peut vous promettre monts et merveilles et ne pas être capable finalement de vous donner ce qu’il a promis. Alors si en plus il n’était pas sincère… Quelles sont vos chances ?

Quelquefois, on peut être amené à donner une rançon à un ravisseur qui menace un mannequin de bois avec un pistolet à eau…

Que va t-il se passer dans le pire des cas ?

Ensuite, il est très important de connaître vos possibilités dans « le pire des cas ».

Si quelqu’un semble prendre votre avenir en otage, réfléchissez à toutes les possibilité de faire sans son aide.

Est-ce que d’autres opportunités sont possibles ? D’autres endroits / d’autres manières d’exercer ?

Une fois que vous avez les différentes possibilités en tête, il sera plus facile de penser sereinement et de défendre vos intérêt.

En conclusion :

Il peut être difficile de défendre ses droits, surtout quand on a l’impression que quelqu’un contrôle votre vie et que vous n’avez pas le choix.

En réalité, vous avez le choix, la question sera plutôt du coût que vous voudrez / pourrez payer. Il faudra donc remettre en perspective ce que vous souhaitez vraiment par rapport au prix à payer.

On vous montrera toujours un prix à payer plus élevé que la réalité.. Le principal obstacle sera la communication avec les autres acteurs du système, qui cautionnent parfois le harcèlement même quand ils en sont victimes.

Cherchez du support (Connaître la loi, prévenir les responsables pédagogiques, discuter avec les autres soignants qui ne sont pas d’accord avec la situation, communiquer avec les syndicats) pour votre démarche car se battre demande de l’énergie.

Risques perçus des traitements.

Les effets secondaires

Traiter un patient, c’est échanger les effets secondaires de traitements contre l’amélioration ou la guérison d’une maladie.

Les effets secondaires, c’est l’effet négatif d’un traitement que l’on accepte du fait du bien que le traitement va procurer au patient.

Cela n’a pas de sens de montrer un seul des 2 effets sans montrer l’autre pour comparer.

Le travail du médecin c’est donner le traitement dont la balance bénéfice-risque est la meilleure pour le patient.

Sa représentation de la situation prend en compte 1) le traitement (effets positifs et négatifs) 2) la maladie du patient et 3) le patient pour choisir.

Maladie contre les traitements :
La situation idéale où l’on peut peser les risques de la maladie,
les effets positifs et négatifs du traitement pour prendre la meilleure décision.

Déséquilibre des Informations.

Le patient est libre d’accepter ou pas les traitements qu’on lui propose.
Mais le problème est que, dans sa décision, le poids de chaque élément est changé par ses connaissances, ses représentations et ses peurs…

Le patient peut voir en plus gros les effets secondaires et seulement voir une partie des bénéfices du traitement ou de la réalité de la maladie. On peut alors comprendre son refus.

C’est pour cela qu’en tant que soignants, nous avons le devoir :

  • D’informer les risques de la maladie.
  • Expliquer les effets positifs d’un médicament.
  • Mais également les effets négatifs d’un médicament.
  • Reconnaître quand on ne sait pas, puisque il y a plein de choses que l’on ne sait pas individuellement ou même dans la communauté médicale et scientifique.

L’illusion de connaissance

Quotidiennement, des personnes donnent leur avis, répètent ce qu’ils ont entendu dire par leurs voisins et ont une opinion sur les traitements alors qu‘ils n’ont qu’une partie des informations ou des informations basées sur des déclarations, sans preuve.

On a tous des « connaissances » sur plusieurs sujets. Qu’on regarde sur internet ou dans des livres, dans des vidéos, la confiance que l’on peut avoir dans les informations dépend de leur source. Mais si cela confirme ce que l’on veut entendre, si ça va dans « notre sens », on ne vérifie pas toujours en profondeur la force des arguments.

C’est vrai que j’ai toujours détesté la coriandre…

Après que nos patients aient énoncé leurs arguments et entendu notre réponse, certains jouent la carte du « Chacun son point de vue« .

Ce qui correspond à « Mes arguments sont du même niveau que les vôtres » mais qui est un moyen en fait de défendre une position quand il est difficile d’argumenter.

En tant que médecin, je suis prêt à faire confiance à des informations qui contredisent celles que j’ai, si les preuves qui les supportent sont solides.

Mais dans l’immense majorité des cas, le point de vue de « quelqu’un qui se renseigne » sera moins fiable que celui du médecin.

« Chacun ses opinions » quand il n’y a de risques pour personne…
Il est mieux de suivre le point de vue d’un expert quand il y a des enjeux importants.

Que penser du point de vue d’inconnus sur internet (même nombreux) qui ne disent pas l’origine de leurs informations ?

La peur rend nul en statistiques

Les informations peuvent être angoissantes, et en plus on ne sait pas bien les « peser » le poids des risques quand on a peur. On donne plus d’importance à ce qui parait « grave » et notre esprit se focalise sur le négatif.

On oublie que dans la très grande majorité des cas ça se passe bien.

Donner des informations trop précises et inutilisables serait un bon moyen… de mal soigner les patients. Nous devons alors trouver le bon dosage de nos informations.

Le médecin donne des informations limitées sur les symptômes fréquents et sur les complications graves.

La peur de l’incertitude et l’inconnu

Un reflexe de survie peut nous pousser à considérer que chose de nouveau est dangereux jusqu’à preuve du contraire. On s’en méfie et on le fuit.

Si on est toujours vivant, après la « période d’essai » de la nouveauté, on va commencer à la tolérer. Mais cela nous demande du temps.

La Tour Eiffel vue depuis le Trocadéro | La tour Eiffel, ini… | Flickr
On aurait pu lire : « Un ingénieur a construit une tour dangereuse à la va vite ! »
Beaucoup de gens ont eu peur de la chute de la Tour Eiffel lors de sa construction.

A l’inverse, la sonnette d’alarme peut « s’épuiser » si on est souvent confronté à quelque chose même si c’est dangereux.

Plus on est exposé à quelque chose sans qu’il y ait de danger, moins on en a peur .C’est bon moyen de traiter des peurs trop intenses et gênantes dans la vie des patients atteints de phobies.

Le nouveau ne fait pas toujours peur

Quand un « nouveau » téléphone portable sort, personne ne se dit « Non, celui là, il va être dangereux », « on n’a pas assez de recul sur sa dangerosité ».

Quand un « nouveau » vaccin est produit, là tout est différent. La question de la dangerosité se pose. Pourquoi ?

Je pense que avons une proximité quotidienne avec les téléphones que l’on n’ a pas avec les vaccins… et que l’image des vaccins (« ces piqûres fabriquées par des laboratoires obscurs ») peut être modifiée par les discours médiatiques.

De quoi avons nous le plus peur ?
D’un nouveau portable quand nous en voyons 365jours par an ?
Ou d’un nouveau vaccin auquel on est exposé une fois tous les quelques mois / quelques années ?

Laissez moi mes libertés / choix sur ma vie !

Accepter ou refuser sont des choix. Et l’on n’aime pas être privé de choix, notamment concernant notre santé.

En tant que médecin, nous choisissons de respecter le choix des gens (c’est également notre devoir), sauf si leur maladie les empêche de décider pour eux-même, notamment dans les situations urgentes.

Troubles cognitifs, maladies neurologiques et maladies psychiatriques peuvent empêcher les patients de prendre les bonnes décisions pour eux même.

Dans les cas où les personnes sont capables de décider pour eux même, le choix personnel pose un problème moral quand on implique d’autres personnes.

Et si ne pas traiter sa maladie, de ne pas se vacciner avait un impact sur les autres ? En médecine comme ailleurs, quand on est « capable » on devient également « responsable ».

Il y a des situations où vous n’impliquez personne d’autre que vous…
…et d’autres où les conséquences sur les autres sont réelles

Le but n’est pas de culpabiliser les gens, mais de faire voir les conséquences possibles et dire qu’on est disponible pour aider à régler les problèmes.

ça ne se voit pas = ça n’existe pas

Si on avait un cancer ou un AVC à la première cigarette fumée, personne ne fumerait.

On est motivé à agir face à des problèmes visibles et évidents et pas face à des problèmes invisibles. Le problème c’est que le futur n’est ni visible ni évident.

Pourtant, quand elles existent, les actions de prévention sont les plus efficaces pour améliorer la santé (dans le futur).

Mais accepter une contrainte, quand il n’y a « pas de problème » pour (peut-être) éviter un autre problème ? Mon cerveau trouve ça bizarre…
Si on a une (bonne ou mauvaise) raison d’éviter la contrainte alors que le problème est flou… autant éviter la contrainte !

Difficile de voir ce qui est dans le futur / invisible et qui nous met mal à l’aise.
Alors si en plus c’est contraignant d’agir… autant fuir ou nier.

Nous allons devoir expliquer plus et expliquer mieux dans ces cas. Il faudra rester Zen malgré les mécanismes de défense des gens pour poursuivre le dialogue et leur permettre de faire les bons choix.

En conclusion :

  • En tant que médecins, on choisi de donner un traitement assurant le meilleur bénéfice au patient pour sa santé.
    Ce bénéfice prend en compte le patient, la gravité de la maladie, les effets positifs du traitement et ses effets secondaires.
  • Les patients ont une vision des situations médicales moins complète que celle des médecins. D’un côté comme de l’autre on peut quelquefois l’oublier.
    Le médecin doit aider le patient à compléter les « trous » et le patient devrait apprendre critiquer les sources des informations.
  • Certaines maladies empêchent d’accepter les traitements.
  • Les nouvelles choses font peur et les choses « banales » font moins peur.
  • Les conséquences au long terme ou invisibles nécessitent plus de d’explications parce qu’elles sont moins évidentes… Surtout quand il est contraignant d’agir.
  • Vaccinez-vous !

L’estime de soi et les étiquettes

Est-ce que j’ai de la valeur ? Si vous vous posez cette question, vous n’êtes pas le/la seul(e).

On compte les mots et les points

Chaque mot que nous utilisons est associé à un jugement de valeur qui dépend de notre histoire et de notre culture.

Être « sportif » sera de valeur positive et être « drôle » également pour une personne, alors que le fait d’être « intelligent » ou d’être « rigoureux » sera plus important pour une autre. Et peut être que certains se fichent d’être « sportif » ou « rigoureux » parce qu’ils préfèrent être « créatifs »

Au fur et à mesure de nos expériences de vie, l’on va définir les étiquettes qui ont de la valeur et celles qui ont moins ou pas de valeur.

Et également, on va définir s’attribuer nos étiquettes ce qui donnera un nuage de points positifs et négatifs que l’on utilise pour définir notre valeur.

En rouge, ce que je considère comme baissant ma valeur.
En vert ce que je considère comme augmentant ma valeur.

Tous les œufs dans le même panier :

En médecine, comme dans tous les métiers exigeants et qui demandent un investissement important en temps, on va assister à une réorganisation des étiquettes que l’on se met. Vu qu’on n’a pas forcément (pris) le temps d’entretenir les différentes étiquettes de sa vie, on peut se retrouver dans ce genre de situation.

L’étiquette « médecin » prend une place relative plus importante que les autres aspects de notre identité

L’attaque de l’identité

Et puis il va arriver le moment inévitable où l’on n’est pas, professionnellement parlant, à la hauteur de nos espérances.

Parce qu’on a fait une erreur ou parce qu’on n’a pas fait aussi bien que ce que l’on aimerait, on peut penser (à tord) que cela remet en question notre étiquette de bon médecin.

A ce moment, il y a plus de rouge que de vert… Et ce n’est pas facile à vivre.

Le fait d’avoir d’autres étiquettes positives nous permet d’être plus stables dans l’estime que nous nous portons. Si nous résumons notre identité à celle d’un médecin (et négligeons le reste) le risque est de très mal vivre chacun de nos mauvais moments dans le domaine professionnel.

1) Ré-équilibrer ses étiquettes :

Cela peut paraitre dur, mais je pense qu’il est important d’entretenir plusieurs aspects positifs de sa vie pour avoir une estime de soi plus haute et plus stable.

Pour ne pas se trouver « nul » ou « sans valeur » au gré des situations complexes professionnelles qui seront difficiles un jour ou l’autre.

Voyez vos amis, faites du sport, faites de la musique, apprennez le dessin, jouez des parties d’échec (ce ne sont que des exemples)…

Faites les choses que vous aimez et que vous associez à une vision positive de vous même.

Le chemin de la médecine est long et nécessite de le vivre au mieux.

2) Dissocier comportement et identité :

Par ailleurs, le fait de faire une erreur ne fait pas de vous un mauvais médecin. Beaucoup de choses peuvent influencer vos résultats au jour le jour, et vous pouvez toujours progresser et faire mieux au cours du temps. (Voir l’article comportement et identité).

Parler du concept de l’estime de soi en quelques paragraphes n’est pas simple. Je vous conseille le livre « Imparfait, libre et heureux » de Christophe André pour en savoir plus.

Comportement et identité : Soyez plus doux

Avez vous déjà entendu ceci ?

« Il ne sait pas conduire ! Il est con celui là ! » agrémenté de coups de klaxon.

« Il comprend rien, il est bête ».

« Il est pas sympa »

« Il est nul »

Voyons pourquoi tout ceci est faux.

1) Comportement et identité

Le comportement est observable (on voit, on entend)

L’identité est une représentation (On déduit, on interprète, on pense)

L’identité serait le « caractère permanent et fondamental », qui ne change pas au cours du temps.

Définir l’identité d’une personne est à la fois complexe et subjectif.

  • Complexe parce qu’on ne peut pas résumer une personne fidèlement en quelques phrases.
  • Subjectif car si vous demandez à plusieurs personnes, elles ne diront pas la même chose.

Pour résumer, ne pas mettre quelqu’un dans une case en le jugeant sur une action.

Nos actions (et performances) sont elles uniquement liées à notre identité ?

Partons du principe que nous arrivions à définir l’identité de quelqu’un.

Est-ce que cette personne aura toujours les mêmes performances et fera toujours strictement les mêmes actions ?

Je pense pouvoir dire sans me tromper qu’avec une seule identité on peut obtenir un grand nombre d’actions différentes et de performances différentes.

Beaucoup de facteurs peuvent influer sur les comportements et leur performance :

  • quand on est fatigué, qu’on a faim, qu’on a mal.
  • quand on est stressé, quand on a peur, quand on est en confiance.
  • quand on est en colère, triste, ou joyeux.
  • quand on est dérangé, perturbé, sollicités.

Les facteurs influençant la performance et les comportements peuvent être visibles ou invisibles.

2) Est-ce qu’on se permet de parler de l’identité des autres (et de sa propre identité) ?

Les observateurs se représenteront quoi qu’il arrive une « identité » de ce que vous êtes par leur propre perception. C’est facile et automatique, on met les gens dans des cases à la vitesse de l’éclair.

Cette absence de dissociation entre comportement et identité peut tromper nos conclusions :

  • Si l’on observe un comportement dans des conditions défavorables, on sous-estime les capacités d’un individu. Exemple : C’est un patient méchant et qui ne sait pas se contrôler, il nous a insulté ! (Il a mal, on vient de lui annoncer un cancer, il n’est pas chez lui, il ne dort pas…)
  • On associe le fait de mal faire avec le fait d’être une mauvaise personne. Ce qui augmente d’autant notre peur de l’échec.
  • On peut avoir une confiance excessive dans les actions de quelqu’un car on pense que c’est une « bonne personne » alors qu’il peut se tromper / être fatigué comme tout le monde.
  • On peut sous-estimer la valeur d’une action parce que c’est une « mauvaise personne » qui l’a faite. Cela crée un stress et des mauvaises performances, qui finiront par donner raison à ceux qui jugent…

3) A quoi ça sert tout ça ?

Une pensée plus flexible que « Il est con M. Bidule » permet de mieux appréhender la situation…
  • Mieux accepter qu’un patient âgé, confus, dément, ou avec un déficit intellectuel ne soit pas coopérant.
    –> Ce n’est pas la personne qui s’oppose ou ne veut pas aider, mais sa maladie qui l’empêche de le faire.
  • Mieux accepter qu’un collègue oublie des choses ou n’a pas fait ce que vous attendiez.
    –> Peut-être qu’il avait peu de temps, qu’il était stressé, qu’il n’avait qu’une partie des informations…
  • Mieux accepter nos erreurs, nos oublis et que nos performances ne soient pas à la hauteur de nos espérances.
    –> Vous n’êtes pas vos résultats, et vous pourrez progresser, vous pourrez changer vos résultats.
  • Moins tenir compte des remarques sur votre identité, qui sont toujours « un point de vue » basé sur vos actions que vous pouvez améliorer.
    –> Il me dit « tu es nul », « tu es con », « tu es bordélique », « tu es trop ***  »  » Tu n’es pas assez***  » mais il dit ça parce qu’il fait un raccourci à partir de choses qu’il voit.
  • Identifier les facteurs qui amèneraient des comportements plus positifs.

Identifier les facteurs influençant les comportements permet d’agir dessus, permet d’expliquer un comportement, mais ne justifie pas un comportement irrespectueux, dangereux, etc.

On reste (sauf cas très particuliers) responsable de ses actes.

4) Être doux avec soi-même

Remettre en cause son identité associe sentiments désagréables, perte d’énergie, perte de temps…

Il est normal de se poser des questions et de critiquer mais le but est de progresser, pas de se punir.

Se mettre des étiquettes négatives (« je suis nul », « je suis maladroit », « je suis stupide ») comme pour se punir quand on n’a pas fait aussi bien que ce que l’on aurait voulu :

  • Ne donne pas de solution
  • Est trop flou ou subjectif (C’est quoi être nul ? / maladroit ?/ stupide ?) pour être corrigé.
  • Coûte de l’énergie.

Tout le monde a fait, fait ou fera des erreurs.

Même si l’on n’est pas content (ce qui est plutôt sain d’ailleurs), c’est normal.

Essayez d’être plus doux, ça vous donnera plus d’énergie pour progresser.

En résumé :

  • L’identité n’est qu’un point de vue. Ceux qui en parlent le font avec ce qu’ils ont compris de ce qu’ils ont perçu.
  • Ne pas mettre d’étiquette sur une personne en fonction de ses actions. Beaucoup de facteurs influent sur la performance en positif ou en négatif.
  • Se concentrer sur les actions à améliorer plutôt que de punir notre identité.

Prendre en charge ou négliger ?

Le temps viendra où un patient aura une demande ou un problème et que vous ne saurez pas quoi faire.

Cela risque de vous arriver quotidiennement, ou au moins très régulièrement.

Bienvenue en médecine ! (et dans le monde des humains !)

En tant que spécialiste ou en tant que généraliste, vous devrez alors faire un choix :

  • Prendre en charge vous même,
  • Passer la main
  • Ou négliger le problème.

Et faire le mauvais choix peut vous exposer à un drame :

  • Celui de ne pas progresser et de vous retrouver au fil du temps de plus en plus en difficulté.
  • Celui d’être dans l’incertitude de l’efficacité de vos soins, facteur de stress.
  • Celui de porter préjudice à un patient soigné de manière non optimale.

Heureusement, vous avez des ressources pour vous permettre de faire les bons choix.

1) Comprendre / apprendre et prendre en charge la situation.

C’est le choix que vous devrez prendre au cours de votre apprentissage, et pour les problématiques « simples » quand vous avez les bases.

Cela coûte du temps, demande un effort, mais vous permet de progresser.

Le temps investi dans un apprentissage est en général regagné au long terme.

Chaque fois que vous rencontrez le problème, vous le réglerez plus vite si vous avez appris à le gérer.

S’il n’y a pas d’apprentissage, le problème vous coûtera toujours les mêmes ressources à le régler.

Hypothèse 1 (Bleue) : L’apprentissage permet d’améliorer l’efficacité des prises en charge des problèmes médicaux. Hypothèse 2 (Orange) : Il n’y a pas d’apprentissage à chaque exposition au problème, le coût en temps de la résolution des problèmes ne se réduit pas. Le temps cumulé pour résoudre les problèmes est supérieur s’il n’y a pas d’apprentissage.

Faites en sorte d’apprendre (et ne pas négliger) quand vous êtes confronté à un problème fréquent. Vous gagnerez au final plus de temps (en plus de gagner en qualité)

Notre ami internet

On trouve « tout et n’importe quoi » sur internet.

La préparation est importante puisque :

  • On doit trouver l’information vite (Accessible),
  • Il faut que l’information soit d’actualité (Récente)
  • La décision prise doit être optimale, on doit pouvoir faire confiance à l’information (Fiable)
    ce qui donne l’acronyme : ARF !

Quelques exemples de préparation :

  • Un carnet / un fichier personnel sur téléphone avec vos problématiques fréquentes : Au cours du temps, vous allez pouvoir créer votre propre base de données avec les prises en charge adaptées aux situations, malgré les oublis.
    Les 2 limites du carnet sont
    1) La nécessité d’actualiser les connaissances et les prises en charge, qui vont évoluer au cours des années
    2) On note dans ce cahier les problématiques les plus fréquentes, et donc ne cette stratégie ne marche pas pour les cas rares.
  • Le VIDAL, et autres applications permettant de connaitre les posologies, les effets indésirables des traitements.
  • Antibioclic : Une application pour connaitre quel antibiotique prescrire dans les situations courantes.
  • Pour les patients insuffisants rénaux, le site « GPR » sur internet permet de connaitre les modalités d’ajustement de posologie des traitements selon la fonction rénale. L’inscription préalable (nécessaire pour accéder au site) et le fait de placer ce site dans vos favoris permettra une meilleure efficacité.
  • Les PNDS (Protocole National de Diagnostic et de soins) contiennent les informations pour la prise en charge de pathologies rares (ils sont volumineux mais contiennent des chapitres avec les informations utiles et ce qu’il faut faire en consultation).
  • Répertorier au préalable les sites internet, les médias véhiculant l’information pertinente dont vous avez besoin.


    Vous pouvez demander aux autres médecins où ils vont chercher l’information quand ils en ont besoin sur tel ou tel sujet.

2) Passer la main / demander un avis à un autre médecin.

C’est le meilleur choix quand vous n’avez pas les bases (prérequis) pour être efficace.

Appeler pour un cas complexe quand on ne sait pas, c’est une décision intelligente

Parmi ces prérequis, il peut s’agir de l’insuffisance de connaissance dans le domaine présenté, d’une insuffisance sémiologique (Notamment dans situations où la sémiologie est complexe comme la neurologie, la dermatologie, la rhumatologie…).

Exemple : Les situations infectiologiques intra hospitalières, peuvent être complexes et nécessiter l’évaluation :

  • du germe (le plus souvent une bactérie) et de ses caractéristiques,
  • de la porte d’entrée,
  • de la présence ou non de matériel,
  • des antécédents du patient,
  • de la fonction rénale,
  • du poids,
  • du site infecté,
  • des allergies du patient…
    La réponse doit être rapide, l’avis direct (téléphonique en présentiel) est optimal, car internet ou vos sources ne pourront pas vous donner tous les pré-requis en quelques minutes pour prendre les bonnes décisions.
Appeler un spécialiste est une décision intelligente et dans l’intérêt de votre patient pour les cas rares et complexes. Mais de manière plus générale lorsque les prérequis pour gérer le problème vous demandent beaucoup d’investissement

Demander l’avis à un autre médecin peut également vous permettre d’apprendre sur le sujet et être plus à l’aise pour la prochaine fois.

NB : Demander un avis, notamment en direct, peut être désagréable même quand c’est la solution la plus intelligente et la plus efficace.

Vous exposez à une autre personne un « défaut » (ne pas savoir) que vous auriez préféré garder pour vous… et de plus il arrive que votre interlocuteur peut vous faire une remarque sur ce point (sur lequel lui est à l’aise).

N’oubliez pas avant de décrocher votre téléphone que votre objectif est de soigner au mieux votre patient, que vous vous battez pour lui. Et que quelques soient vos « défauts » vous avez cette qualité. Enfin ne pas savoir peut toujours se corriger.


Quand il n’y a pas d’urgence, adresser le patient en consultation est un moyen simple de lui donner toutes les chances.

Donc, les autres médecins sont vos amis !

3) Négliger le problème (non recommandé)

Le fait de négliger une problématique n’est évidemment pas recommandé, et peut prendre 2 formes :

a) Ne pas donner de réponse.


Le patient a une plainte ou une anomalie
–> vous décidez de ne pas la prendre en compte, de ne pas communiquer au patient ou à un autre spécialiste.

Même si la confrontation avec une problématique que l’on ne maitrise pas est désagréable, même la plus « petite » anomalie (Des symptomes en rapport avec un reflux gastro-œsophagien peuvent sembler de moindre importance en comparaison à d’autres maladies) peut avoir un retentissement et des conséquences importantes au long terme.

Exemple fréquent : Le tabagisme : Le tabagisme est noté dans les antécédents du dossier et le mode de vie, sans discussion avec le patient, ni de proposition d’une quelconque prise en charge.

Il suffit de peu pour améliorer le pronostic global des patients, le conseil minimal (exprimer la possibilité d’arrêter de fumer) ayant déjà un effet, orienter vers quelqu’un qui peut accompagner le patient peut augmenter son espérance de vie en bonne santé.

  • Au minimum, il faudrait communiquer le problème (au patient, à un autre médecin, faire une demande de consultation).
  • Ne pas donner de réponse peut altérer la relation avec le patient, et fait une occasion de s’améliorer en moins pour traiter les autres patients.

Pas de réponse = mauvaise réponse

b) Donner une réponse inadaptée :

Le médecin donne une réponse mais elle n’est pas optimale. Elle est souvent construite par des expériences antérieures non optimales (« Je fais comme j’ai toujours fait ») qui donnent une impression de savoir gérer une situation.

Exemple des traitements anxiolytiques : Les traitements par Benzodiazépines sont des médicaments efficaces contre l’anxiété.

Les indications sont restreintes en temps, et dont les effets secondaires sont manifestes (Chutes, troubles cognitifs, dépendance, confusion, somnolence…) quand on ne respecte pas ces indications.

Pourtant, quand le patient anxieux consulte, on peut être tenté de renouveler simplement le traitement (régulièrement le patient ne souhaite pas l’arrêter) et l’exposer à des effets secondaires.

De plus, la demande du patient cache potentiellement d’autres troubles (Notamment, troubles de l’humeur, troubles anxieux…) qui nécessitent une prise en charge plus complète qu’un simple comprimé anxiolytique qui peut masquer le problème.

Il y a des situations où l’on décide de ne pas traiter un patient, cela doit rester une décision argumentée et pas un choix par défaut de connaissance.

c) Différer la résolution du problème

Quand le problème n’est pas prioritaire, différer n’est pas une négligence :

  • Si l’on s’assure que le problème sera réglé.
  • Et qu’il n’y a pas de conséquence grave dans l’intervalle.

Dans l’urgence on ne prend pas toujours les bonnes décisions, et il faut se retenir de donner une réponse rapide pour donner une réponse adaptée.

Une réponse inadaptée peut être changée à posteriori : vous avez possibilité de revoir le patient, de changer vos ordonnances, etc. Une solution « incomplètement adaptée mais transitoire » avant un avis spécialisé ou une révision est possible.

Exemple : Je donne un traitement anxiolytique pour traiter les symptômes gênants du patient MAIS je m’assure de proposer une prise en charge plus complète secondairement.

En conclusion générale :

  • Préparer des sources d’information de qualité (ARF : Accessibles, Récentes et fiables) pour trouver des solutions et apprendre.
  • Connaitre ses limites et les accepter : Votre attitude profitera au patient.
  • Communiquer les problèmes à ses confrères quand ils sont plus à même de les régler vite et bien.
  • Gérer les priorités et avoir la discipline de donner une réponse à chaque problème.